Dans l’épisode précédent, je vous ai raconté comment une espèce d’incompétente a réussi à me casser une dent, ce qu’elle aurait pu éviter si elle avait su lire une radio correctement.
Depuis, la situation n’a pas vraiment changé, à part que je me fait mal un jour sur deux en buvant trop chaud ou trop froid. Entre temps, j’ai pris rendez-vous avec un stomatologue spécialisé en charcutage et je peux vous le dire puisque c’est lui qui m’a retiré les dents de sagesse il y a un peu plus de six ans. D’ailleurs, il m’avait laissé à l’époque un souvenir dans la gencive, qui s’est transformé en abcès quelques jours plus tard, mais il paraît que c’est assez courant, donc je lui ai pardonné.
Nos grandes retrouvailles devaient avoir lieu hier après-midi, dans son nouveau super-cabinet-ultra-design de praticien en secteur II [1].
Et comme tous les praticiens en secteur II qui te font payer la séance si tu ne préviens pas 48h à l’avance que tu annules, il était en retard.
Et comme tous les praticiens en retard auxquels j’ai eu droit, il ne s’est pas excusé, faut pas déconner, il a déjà été assez gentil d’accepter d’avoir une clientèle qui ait des revenus inférieurs à 90k€ annuels.
Oui, j’aime ce type à peu près autant que l’espèce de bouchère du KGB qui m’a foutu la trouille de ma vie la semaine dernière. En 2003 j’avais eu cette impression du type arrogant et amoureux de sa belle gueule, mais là j’en ai eu la confirmation. M’enfin bon, il paraît qu’il est bon dans ce qu’il fait, alors on verra bien.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que si d’aventure vous deviez vous faire arracher une dent par une journée de canicule, c’est pas chez lui que vous souffrirez de la chaleur.
Ce
malade
a foutu
la clim’
à fond
dans son cabinet.
Genre il devait faire 15°C à tout casser, peut-être moins. J’avais un pull et je grelottais, même en Russie j’avais moins froid.
Malade.
Je vais finir par me reconvertir dans le consulting en médecins pas normaux de la tronche, neuf fois sur dix quand je décide d’aller voir un toubib je tombe sur une espèce de foldingo. Bref.
Il s’est assis, m’a demandé si on se connaissait : "Oui on se connait, toi tu m’as oubliée mais moi j’ai pas oublié ton connard d’anesthésiste qui m’a posé une perf’ de force en 2003 en m’insultant à moitié, et toi qui en avais rien à cirer que j’aie peur.". Non, j’ai pas répondu ça, mais j’aurais bien voulu. Le problème, voyez-vous, c’est que, comme je l’ai précisé plus haut, Monsieur était retard, et oui. C’est donc les yeux collés au chrono qu’il m’a laissée lui expliquer l’origine de mon problème. Après quoi il a regardé la radio, puis a saisi avec une énergie impressionnante l’enveloppe de la radio avant de gribouiller un numéro de téléphone dessus et de m’expliquer ce que j’avais à faire comme s’il parlait à une débile.
"Alooors, vous appelez ce numéro, 01 36 14, machin chouette, c’est le secrétariat de l’hôpitaaaaaal Trucmuuuuche, oùjesuischefdeservice, vous demandez au secrétariat une intervention MEEEEOOOOPAAAAAA. Voilà, merci au rev- "
"C’est quoi une intervention MEEEEOOOOPAAAAAA ?"
Merde, il a loupé son record de la consult’ la plus courte dites donc.
(Oui, j’en ai marre de me faire prendre pour une conne et de fermer ma gueule tout le temps, donc maintenant je l’ouvre et tant pis si ça lui fait baisser sa moyenne)
(Accessoirement, c’est dans ma bouche que ça se passe, donc j’aimerais bien être au courant, désolée hein)
En me raccompagnant dans le couloir, il m’a expliqué, faisant fi du secret médical (après tout, qu’est-ce qu’on en a à faire), ce qu’était le MEOPA.
C’est un mélange moitié oxygène et moitié protoxyde d’azote. En gros, ça shoote et c’est utilisé en complément de l’anesthésie locale mais ce n’est paaaaaas une anesthésie généraaaaaaale. Il me l’a bien précisé en refermant la porte du cabinet. Je suis contente, j’ai quand même eu dix secondes d’explications sur ce qu’il prévoyait de me faire subir, il est trop sympa, vraiment.
Bon, je vais être honnête, en dehors de son côté sale con, je pense qu’il sait ce qu’il fait, et je suis contente qu’il m’ait confirmé que l’anesthésie générale n’était pas nécessaire. Et pour le MEOPA, je savais que je trouverais de la documentation sur internet. Sauf que, pour une fois, j’aurais dû m’abstenir, parce qu’en lisant les effets secondaires, j’ai réussi à me faire peur pour rien.
J’ai bien flippé aussi lorsque j’ai voulu joindre le secrétariat aux alentours de 17h30, en rentrant chez moi. Après avoir un peu insisté, quelqu’un a fini par décrocher :
"Allooooo ?"
"Oui bonsoir Madame, je suis bien au service de stomatologie ?"
"Ouiiiii ?"
"Oui, alors je vous appelle de la part du Docteur Ketchup [2]que j’ai vu en consultation cet après-midi et qui m’a dit de prendre rendez-vous pour blaaablaaaablaaaa."
"Alors oui alors euuuuh, demain !"
Là j’ai bondi et je me suis sentie mal.
"De...main ?"
"Oui, demain, la personne elle est pas là et euh..."
"Mais je, enfin demain c’est..."
"Oui c’est ça, demain parce que là le secrétariat il a fermé depouis dix-sept heures et la Dame elle sera là demain, il faut appeler à partir houit heures !"
"Aaaaaaaaah ahahahahaa oui, d’accord, je rappellerai demain ! Merci beaucoup, merci vraiment hahahaha je rappelle demain ! Merci bonne soirée au revoir Madame !"
Je vous raconte pas dans quel état j’étais en raccrochant. Mais bon, après coup j’ai bien rigolé.
Finalement j’ai pris rendez-vous ce matin et j’ai un mois de compte à rebours pour me préparer psychologiquement. J’essaie de faire bonne figure devant les gens, style "Peuh, une broutille" mais en fait c’est tout le contraire.
C’est marrant d’ailleurs, ça me rappelle un rêve que j’avais fait un peu avant mon opération des dents de sagesse par le même bonhomme : j’étais avec mon père et le Dr Ketchup, assise dans le fauteuil et là il me saisissait la tête et m’enfonçait une brosse à biberon au fond de la gorge en frottant comme un bourrin. J’essayais de hurler mais je n’y arrivais pas, évidemment, et sans se rendre compte qu’il avait oublié de m’endormir, le Dr Ketchup ,tout sourire, frottait et frottait en expliquant à mon père qu’en général les patients restaient traumatisés quatre ans après l’intervention qu’il était en train de pratiquer.
Une broutille. L’affaire d’une demi-heure à peine. Et il fait ça tous les jours avec une main dans le dos et les yeux bandés. Même pas peur.
Hum.